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résilience et métaphore

Discussion dans 'Les différentes Techniques & Se Former-S'Informer' créé par surderien, 6 Mars 2010.

  1. surderien

    surderien Moderateur Membre de l'équipe

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    résilience et métaphore

    Boris Cyrulnik

    Un merveilleux malheur

    Éditions Odile Jacob, 1999.

    “Finalement, j'aurai pu écrire ce livre avec deux mots seulement : “ressort” et “tricot”. Le ressort parle de la résilience, et le tricot explique la manière de s'en sortir comme une icône endommagée illustre le monde intime de ces vainqueurs blessés.” Deux mots simples, qui courent le long de ce livre, pour expliquer un concept sophistiqué témoin de l'évolution de la réflexion sur les traumatismes. La névrose traumatique avait laissé (hélas) la place à l'état de stress post-traumatique, abrasant toute possibilité de s'en sortir autrement... Des années plus tard, on s'aperçoit que toutes les victimes ne sont pas comparables et que la notion de subjectivité pondère l'appellation de traumatisme. La méthodologie se veut différente : il s'agit maintenant d'étudier ceux qui échappent aux conséquences délétères de la rupture avec l'objet aimé ou avec soi-même.

    Boris Cyrulnik a toujours pris le parti de la popularisation des savoirs : il s'exprime clairement, il expose ses idées comme dans une conversation, par associations. Sa volonté de transmettre est évidente. Le langage est familier, imagé : la "musculation" des mots, "les fantômes qui rentrent à la niche", "la croute de merde" sur les fesses de l'enfant pour le protéger du viol... Cette crudité n'est pas gratuite, elle est à l'échelle du sujet traité par Cyrulnik : comment ces enfants terrifiés, blessés, maltraités font-ils pour s'en sortir ?

    La résilience, c'est "le ressort intime face aux coups de l'existence". On l'a comparée à ce phénomène physique qui permet à un bloc de matière d'une dureté variable de renvoyer un objet qui vient de le heurter avec plus ou moins d'énergie. Mais Cyrulnik donne un tour nouveau au concept. Il le traduit en langage scientifique : “la résilience est un processus diachronique et synchronique : les forces biologiques développementales s'articulent avec le contexte social, pour créer une représentation de soi qui permet l'historisation du sujet”.
    En langue grand-public cela donne: “la résilience est un tricot qui noue une laine développementale avec une laine affective et sociale (...) la résilience n'est pas une substance, c'est un maillage”. On ne peut pas l'objectiver à un moment T puisque c'est une “théorie de vie” qui se noue et se dénoue continuellement. La métaphore du tricot n'est pas qu'une vision de “bonne femme”. C'est au contraire une image kinesthésique qui exprime le temps qui passe et le geste qui le poursuit pour le fixer. Le tricot n'est guère que le symbole du temps.

    Pensons à Pénélope qui fait et défait le sien en attendant Ulysse, mais plus proche de nous, pensons à ces psychologues qui utilisent le tricot pour permettre à de vieilles dames atteintes par la maladie d'Alzheimer de se retrouver dans le temps et dans l'espace, grâce à cette petite écharpe qui naît lentement mais sûrement de leurs vieux doigts fatigués. Le maillage, la trame se nouent exactement comme un réseau de neurones doit progressivement encadrer la représentation traumatisante.
    La psychothérapie des personnes en état de choc relève de cette “technique”.

    Transformer les images cinématographiques de la scène indicible en un souvenir pensé, parlé, relève de cette méthode associative du tricot. Mais ceci est déjà de la psychothérapie, or les enfants résilients semblent utiliser spontanément des ressources similaires. Alors, quels sont donc les principes de ce processus de réparation ?

    À l'origine était le traumatisme... Nous le subissons tous ce traumatisme de la naissance... Il nous plonge subitement dans l'Histoire, la grande mais aussi celle du groupe et de notre identité plus ou moins pré-constituée. Sa répétition est à l'oeuvre dans l'aspect pathogène de l'agression humaine ou naturelle. Condamné à mort à six ans, interné à Drancy à cinq ans, témoin de l'éxécution de ses parents à huit ans, ces enfants subissent d'abord passivement la loi morbide des adultes. Ils observent cependant tous les détails de la scène et transfèrent déjà sur un objet qu'ils cachent soigneusement ou sur un scénario qu'ils se distillent chaque nuit, les derniers éléments du bonheur. Bonheur d'avant, bonheur “océanique”, à la Ferenczi, qui n'est pas sans rappeler celui du non-être d'avant la naissance. Muni de ces précieux souvenirs ou de ces invraisemblables bonheurs (même lorsque l'enfant a rencontré la haine de ses géniteurs ou de ses éducateurs), l'enfant va développer son imaginaire.

    Les rêveries, le souvenir et l'idéalisation de ses parents permettent la constitution d'un espace interne inviolable où l'enfant peut se ressourcer. La sublimation est donc l'une des conditions de la résilience. Elle prend appui sur les liens que l'enfant a pu tisser avant le traumatisme. Ici, Cyrulnik introduit un autre concept, celui de l'oxymoron. Cette figure de réthorique consiste à associer deux termes antinomiques, un “merveilleux malheur” en est l'exemple le plus évident. Ceux qui s'en sortent parviennent à faire cohabiter désormais l'horreur et la poésie, le désespoir et l'attente du mieux, la torture glacée et la chaleur humaine.

    Ainsi va le monde de l'enfant blessé : face à la mort, il conserve un lambeau de bonheur qui lui permet de dépasser l'atrocité du moment.

    Une autre possibilité de lutte est la rencontre avec un personnage “initiateur”, une grande soeur, un compagnon d'infortune et toute personne support d'identification pour l'enfant. Les autres facteurs de dépassement sont liés à la parole libérée par l'enfant et surtout à ceux qui vont la recueillir. Mais dire son malheur n'est pas si simple : Primo Levi, Robert Antelme et bien d'autres s'y sont brûlés les ailes. En s'opposant à la “mémoire collective”, le traumatisé prend un risque énorme.

    La Société a toujours intérêt à faire taire le paria, le déjà-mort, celui qui représente le malheur. Si Anne Frank a rencontré un succès (hélas posthume) avec son journal, c'est parce qu'elle y avait mis tout son humour et sa franchise alerte, mais ceux qui rapportaient la misère du désespoir n'étaient que des démoralisateurs dont on se passait fort bien en ces temps de reconstruction. Cyrulnik est ici très critique à l'égard des institutions qui accueillent les enfants malmenés par la vie. Révéler le secret de la naissance, le décès d'un père lointain mais mythique peut déclencher des blessures bien pires parfois que le secret lui-même. Aussi, attention à cette génération du "tout dire" à l'enfant. Ici Cyrulnik pense que nous nous trompons de malade. “Ce n'est pas tant sur le blessé qu'il faut agir afin qu'il souffre moins, c'est surtout sur la culture”. Tout faire pour que le traumatisé ne constate pas comme Elie Wiesel: “Il m'est interdit de me taire, il m'est impossible de parler”...

    Une des conclusions importantes de cet ouvrage réside donc dans les possibilités créatrices qui transcendent la souffrance. Ce qui n'implique pas que la souffrance engendre nécessairement de la création. Cependant la blessure permet la mise au point de mécanismes tels que la sublimation et le développement de toutes ces facultés qui élèvent l'homme au-delà de son statut d'animal totipotent.

    La résilience ne relève donc pas que du sujet traumatisé, l'environnement joue un rôle dans la récupération et dans la transformation de la blessure.

    Ici, toutes les institutions qui récupèrent les enfants touchés doivent repenser leurs offres de survie.

    Une dernière image livrée par Boris Cyrulnik

    “Ni acier, ni surhomme, le résilient ne peut pas échapper à l'oxymoron dont la perle de l'huître pourrait être l'emblème :

    Quand un grain de sable pénêtre dans une huître et l'agresse au point que, pour s'en défendre, elle doit sécréter la nacre arrondie, cette réaction de défense donne un bijou dur, brillant et précieux.”

    Après la catastrophe, tout n'est donc pas perdu ?

    Le temps qui passe, le flux et le reflux de l'océan, ne permettent-ils pas de saisir de minuscules scories du milieu, et de les transformer en joyau ?


    Marie-Frédérique Bacqué

    © Carnet Psy. Tous droits réservés.
     
  2. Métaphore

    Métaphore Invité

    Belle illustration, néanmoins je ne suis pas d'accord sur un point :

    :arrow: La résilience ne relève donc pas que du sujet traumatisé, l'environnement joue un rôle dans la récupération et dans la transformation de la blessure.

    Pas d'accord, c'est justement ce qui fait l'importance de la résilience c'est que l'environnement ne joue pas de rôle, sinon on n'est plus dans la résilience mais dans un processus de réparation, ce qui se fait en thérapie.
     
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