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Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose – 2015​

PUBLIÉ LE : 20/06/2015
TEMPS DE LECTURE : 4 MIN

L’hypnose est une technique ancienne, utilisée pour le soin dans les sociétés occidentales depuis au moins 200 ans. Par la parole, le praticien en hypnose induit chez le patient un état de conscience particulier caractérisé par une indifférence à l’extérieur et une hyper suggestibilité. Cet état de conscience « hypnotique » peut être utilisé pour amplifier les ressources internes du patient de lutte contre l’anxiété et la douleur et faire disparaitre des symptômes. La pratique psychothérapeutique de l’hypnose donne une importance majeure à la notion de présence, à laquelle le patient accède par le biais de ses perceptions sensorielles.
Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. Expertise scientifique réalisée par l’unité InsermU1178 à la demande du Ministère de la Santé (Direction Générale de la Santé). Juin 2015
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L’hypnose recouvre en effet un ensemble de pratiques sensiblement différentes : hypnosédation (à visée sédative, utilisée en anesthésie), hypnoanalgésie (contre la douleur) et hypnothérapie (à visée psychothérapeutique). Il en est de même des formations à l’hypnose en France : elles sont hétérogènes. Il existe une douzaine de formations universitaires, à ce jour non reconnues par l’Ordre des médecins. Il existe également de nombreuses formations associatives et privées. Certaines sont réservées aux professions médicales et/ou aux professions de santé, et d’autres sont accessibles à un public plus large. Le statut d’hypnothérapeute, non réglementé, concerne ainsi des praticiens aux qualifications forts différentes.
Les mécanismes physiologiques à l’œuvre dans l’hypnose ont été et sont encore régulièrement étudiés. Les résultats issus de ces études ont permis d’objectiver des modifications du fonctionnement cérébral en lien avec la transe hypnotique, mais ils ne permettent pas encore d’expliquer complètement le phénomène.
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, technique de désensibilisation et retraitement par mouvements oculaires) est une pratique beaucoup plus récente (fin des années 1980). Elle intègre certains éléments issus de l’hypnose et d’autres approches psychothérapeutiques. Cette thérapie brève, basée sur le modèle du traitement adaptatif de l’Information, est notamment utilisée dans la prise en charge du syndrome de stress post traumatique. Les formations initiales et continues sont contrôlées et homogénéisées au niveau national et européen pour obtenir le titre de « Praticien EMDR Europe » (ou sa réaccréditation).
Il existe une vingtaine d’études cliniques (incluant plus de 100 sujets) et/ou revues de la littérature réalisées par la fondation Cochrane qui ont eu pour but d’évaluer l’efficacité de l’hypnose dans certaines de ses indications : hypnosédation, hypnoanalgésie (accouchement, intervention chirurgicale, etc.), pathologies fonctionnelles (colopathie, bouffées de chaleur, etc.), psychiatriques (addictions, stress post traumatique). Certaines de ces études ont de réelles qualités méthodologiques. Les résultats sont variables ; il existe néanmoins suffisamment d’éléments pour pouvoir affirmer que l’hypnose à un intérêt thérapeutique potentiel, en particulier en anesthésie per-opératoire ou dans la colopathie fonctionnelle (colon irritable). Les données actuelles sont insuffisantes voir décevantes dans d’autres indications comme le sevrage tabagique ou la prise en charge de la douleur lors de l’accouchement. Des études qualitatives conduisent cependant à relativiser la portée de ces conclusions : les bénéfices de l’hypnose tels que formulés par les patients ont du mal à être traduits en termes numériques à l’aide des instruments cliniques habituellement utilisés dans les études. Par exemple, dans le traitement de la douleur, c’est l’impact émotionnel de la douleur qui serait réduit par l’hypnose plus que l’intensité de la douleur elle-même.
Concernant l’EMDR et la prise en charge du syndrome de stress post traumatique (SSPT), il existe deux revues Cochrane, qui confirment que l’EMDR est efficace dans la prise en charge du SSPT chez l’adulte mais ces revues ne permettent pas de conclure chez l’enfant et l’adolescent.
En ce qui concerne la sécurité de l’hypnose et de l’EMDR, les études sont rassurantes. Il faut toutefois être vigilant sur les dérives éthiques que les techniques de suggestions peuvent entraîner. Comme dans de nombreuses autres techniques de soins non conventionnels, une règlementation des pratiques serait ainsi souhaitable.
Bien entendu, les études visant à évaluer l’effet clinique de l’hypnose obligent à repenser les standards méthodologiques classiques. Certes il est possible et utile de réaliser des études comparatives randomisées. Mais on se rend compte que des études qualitatives bien menées sont tout autant indispensables pour déterminer ce que les patients ont vécu subjectivement lors de ces prises en charges. Ce point de vue subjectif est essentiel compte tenu des cibles thérapeutiques de l’hypnose. Ces études qualitatives sont par ailleurs indispensables quand il s’agit de choisir le ou les critères d’efficacité utilisés dans les essais thérapeutiques randomisés. Sinon, une étude négative laissera toujours planer le doute que le « véritable » intérêt de l’hypnose a été manqué. Le choix du groupe contrôle à inclure dans ces essais est lui aussi délicat. Faut-il recourir à un « placebo » d’hypnose ? Tout dépend de l’objectif recherché. S’il s’agit de montrer l’utilité clinique de l’hypnose alors non, un groupe contrôle de soin courant sera suffisant. S’il s’agit de rechercher les composantes du soin hypnotique qui sont les plus efficaces alors oui, il sera utile de proposer à un groupe de patients une version amoindrie du soin hypnotique.
On le voit, l’évaluation de l’hypnose en médecine soulève de nombreuses questions. Mais la chose est possible et l’on doit se féliciter de voir que de plus en plus d’études sont engagées dans ce domaine, y compris en France.
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